L'anorexie mentale:
C'est une grève de l'appétit motivée par l'obsession d'être toujours plus mince. Elle débute presque toujours à l'adolescence et touche les filles dans 9 cas sur 10. Ce désir de maigrir à tout prix et de plus en plus, repose sur une perception du corps totalement imaginaire, sans aucun rapport avec la réelle corpulence de la jeune fille. La restriction alimentaire très stricte est souvent dissimulée à l'entourage afin de faire illusion le plus longtemps possible. L'adolescente prend parfois, en plus, des laxatifs et se force à vomir lorsqu'elle a consenti à manger.
C'est une maladie grave et difficile à traiter, qui peut se terminer par la mort par dénutrition dans les cas graves. A force de ne rien manger, les mécanismes de faim et de satiété sont altérés ; l'amaigrissement devient pathologique et s'accompagne de carences nutritionnelles. Dans les cas graves il faut recourir à l'hospitalisation pour re-nutrition par gavage. L'isolement avec séparation du milieu familial est parfois nécessaire. Le traitement fait intervenir médecins, nutritionnistes et psychiatres. C'est un traitement au long cours qui repose sur un contrat de prise de poids régulière, contrat conclu avec le médecin dans lequel la jeune fille s'engage à se ré-alimenter progressivement, accompagné d'une psychothérapie individuelle ou familiale.
Il peut être très difficile de faire retrouver l'appétit à l'anorexique, et, dans seulement la moitié des cas d'anorexies graves, les contrats de poids réussissent. Les rechutes sont nombreuses et la maladie devient chronique.
On ne connaît pas précisément le pourcentage d'anorexie dans la population générale, mais on observe que le nombre d'hospitalisations a doublé en une génération.
La boulimie:
La boulimie est une perte de contrôle du comportement alimentaire avec une pulsion irrésistible à manger. Comme l'anorexie, elle touche les filles, surtout, à l'adolescence. Les crises de boulimie durent une heure ou deux pendant lesquelles l'adolescente mange à toute vitesse n'importe quoi, n'importe comment et sans aucun plaisir, en se cachant des autres. Elle vide le frigidaire en se bourrant des aliments les plus caloriques, puis est prise de douleurs au ventre et vomit. Les boulimiques arrivent donc à maintenir un poids normal car elles ne gardent pas les aliments. Elles prennent parfois des laxatifs. Il faut donc les distinguer des personnes qui mangent trop (hyperphagiques) et deviennent obèses.
Les crises de boulimie sont plus ou moins aiguës. Elles alternent parfois avec des périodes de restriction alimentaire intense et sont alors une sorte de compensation en rapport avec des régimes trop stricts. La boulimie est ainsi souvent une conséquence des contraintes sociales et culturelles qui érigent en modèle des régimes impossibles à tenir pour les jeunes femmes.
La boulimie a des causes d'ordre psychologique : elle est liée à de troubles du désir, parfois à une dépression. Certains la considèrent comme une dépendance, comparable à l'alcoolisme ou la toxicomanie. Les boulimiques sont conscientes de leur problème et ont souvent recours à une aide psychologique. Le traitement repose sur la psychothérapie, avec parfois des antidépresseurs. Le pronostic de guérison de la boulimie est en général bon, mais les rechutes sont fréquentes.
Culte de la minceur:
L'idéal féminin étalé dans les médias est celui d'une silhouette dont la maigreur ne frappe même plus.
Les mannequins très minces, maigres, représentent LE modèle parfait à atteindre pour des millions de femmes, les anorexiques et les autres. Le culte de la minceur n'est pas d'ordre esthétique. C'est le signe de la femme active, qui sait se dominer.
Vomir à en saigner, manger à s'en rompre l'estomac, maigrir à en mourir: les troubles de comportement alimentaire ravagent les populations féminines. Et nul besoin d'être de classe aisée: partout où sévit le culte de la minceur, aux États-Unis comme en France, en Angleterre comme en Allemagne ou au Japon, partout se profilent les spectres de l'anorexie et de la boulimie.
La boulimie n'a rien à voir avec le grignotage, les fringales ou la gourmandise. Urgence brutale, syncope nécessaire, la boulimie est un drame où peuvent couler 6 000 calories à l'heure. Le tout est suivi d'une panique de prendre du poids, soulagée illico par des vomissements provoqués, des laxatifs ou des diurétiques. Pas étonnant donc que la mangeuse compulsive ne supporte pas le regard des autres: au moins deux fois par semaine, le drame se joue à huis clos, dans l'oppression et la honte.
II ne s'agit pas de manger mais d'anesthésier son mal-être...
Casseroles de nouilles froides ou pâte à biscuit crue, la nourriture avalée ne répond plus à aucun code culinaire. Sinon celui d'être facile à manger, facile à vomir...
Alors que l'anorexique émaciée est facile à dépister, la boulimique se confond dans la foule. Affamée, l'anorexique se sent énorme; repue, la boulimique conserve souvent un poids normal. Triomphante, l'anorexique étale sa volonté; humiliée, la boulimique se perçoit monstrueuse.
Mais au-delà de leurs contradictions, anorexie et boulimie modulent deux variations d'un même thème: celui de la restriction alimentaire.
Dés lors, il ne faudrait plus opposer boulimie et anorexie, mais voir le lien qui les unit. "La moitié des anorexiques développent des symptômes boulimiques, rappelle un spécialiste. À l'inverse, les boulimiques tentent constamment de corriger leurs excès par des périodes de jeûne. Anorexie ou boulimie, pile ou face: ces aspects symétriques tracent le portrait d'un même désespoir, d'une même quête, d'un même trouble de la conscience de soi".
Les médias ont malgré tout tracé un portrait valorisant de l'anorexique (haut niveau culturel, intelligence, perfectionnisme, autodiscipline, etc). La boulimique passe alors pour une personne sans volonté. Mais la victime boulimique n'a pas la partie plus facile. Pulsions jamais canalisées, conflits jamais soulagés: la boulimique vit ensuite un affolant sauve-qui-peut avec ses angoisses.
Toutefois, il ne faudrait pas faire d'amalgame entre le milieu de la mode, qui diffuse des images de minceur voire de maigreur, et l'anorexie, qui est une maladie mentale...